Question : Bonjour, Maitre Jean Claude Nzuzi Mbonga.Merci de nous accorder cet entretien.Vous êtes juriste, chercheur, écrivain, et auteur de plusieurs ouvrages importants, dont;
_BUKA LELO LIA LELO
_L’IMPLICATION POLITIQUE DE LA FEMME EN RDC et plus récemment
-LE GUIDE PRATIQUE ET PROFESSIONNEL DES ASSISTANTS PARLEMENTAIRES
Aujourd’hui, nous allons explorer votre parcours, vos inspirations, ainsi que vos projets à venir
Reponse : Bonjour, merci à vous pour cette opportunité de partager mon parcours et mes réflexions avec vos lecteurs. C’est toujours un plaisir de parler de littérature et d’engagement.
1.Parcours personnel et académique
Question : Commençons par le début. Vous êtes né à Kinshasa où vous avez étudié le lingala au primaire. Pouvez-vous nous parler de votre enfance et de vos premières découvertes littéraires ?
Reponse : Mon enfance à Kinshasa a été marquée par une grande diversité culturelle.
Le lingala n’était pas seulement une langue de communication, mais un véritable vecteur d’identité. J’ai découvert très tôt la richesse des contes oraux, des chansons populaires et des récits de nos aînés. C’est ce qui a éveillé ma curiosité pour l’écriture. Plus tard, en grandissant, j’ai été fasciné par des auteurs africains comme Sony Labou Tansi, qui m’ont inspiré à donner une voix à notre vécu à travers la littérature.
Question : Après le primaire, vous avez poursuivi des études universitaires en droit. Qu’est-ce qui vous a motivé à devenir juriste et chercheur ?
Reponse: Le droit est, pour moi, un moyen d’explorer les dynamiques de pouvoir, de justice et de gouvernance. J’ai toujours été passionné par la manière dont les sociétés s’organisent et comment les lois peuvent façonner les destins collectifs. Devenir chercheur m’a permis d’approfondir ces questions et d’analyser les réalités politiques et sociales de notre pays sous un angle critique.
Question : Comment votre parcours académique a-t-il influencé votre carrière d’écrivain ?
Reponse: Il y a une symbiose entre mon travail académique et mon écriture littéraire. Le droit m’a appris la rigueur, l’analyse critique et la structuration des idées, tandis que la littérature m’offre la liberté d’explorer l’humain, les émotions et les récits oubliés de notre histoire. C’est cette complémentarité qui enrichit mes ouvrages.
II. L’œuvre littéraire
BUKA LELO LIA LELO (roman en lingala)
Question : Parlons de votre roman BUKA LELO LIA LELO, publié en 2018 aux éditions Mabiki. Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire ce roman en lingala ?
Reponse: Écrire en lingala, c’était un acte de résistance culturelle. Trop souvent, nos langues locales sont reléguées à des usages informels, alors qu’elles portent des imaginaires puissants. Avec BUKA LELO LIA LELO, je voulais montrer que le lingala peut véhiculer des récits complexes, profonds et universels. Ce roman est un hommage à nos racines et à notre capacité à raconter nos propres histoires sans filtre.
Question : Quels sont les thèmes principaux du roman ?
Reponse : Le roman aborde des thématiques liées à la résilience, la survie quotidienne et la quête de dignité dans un contexte marqué par des défis sociaux. C’est un regard critique sur les inégalités, mais aussi un cri d’espoir pour un avenir où les valeurs de solidarité et de justice prévaudront.
Question : Comment a-t-il été accueilli par le public ?
Reponse : L’accueil a été surprenant. Beaucoup de lecteurs ont été touchés par la simplicité du langage et la profondeur des thèmes. Certains m’ont même dit que lire en lingala leur avait permis de redécouvrir leur propre identité culturelle. C’est la plus belle récompense pour un écrivain.
Ouvrages académiques et essais
Question : Vous avez également publié L’implication politique de la femme en RDC. Quelle est, selon vous, la place actuelle de la femme sur la scène politique congolaise ?
Reponse : La femme congolaise est à la fois actrice et victime d’un système politique qui peine à reconnaître sa pleine valeur. Malgré des progrès, notamment avec l’accession de Judith Suminuwa Tuluka au poste de Premier ministre, les obstacles structurels et culturels restent nombreux. Mon ouvrage vise à documenter ces défis, mais aussi à mettre en lumière les succès inspirants des femmes qui, malgré tout, s’imposent dans l’espace public.
Question : En 2024, vous avez publié Le guide pratique et professionnel des assistants parlementaires. Pourquoi ce livre ?
Reponse : Il y a un vide en matière de formation des assistants parlementaires en RDC. Ce guide est conçu comme un outil pratique pour renforcer leurs compétences, améliorer la qualité du travail parlementaire et, par extension, la gouvernance démocratique. L’objectif est de professionnaliser un rôle souvent sous-estimé mais crucial dans le fonctionnement des institutions.
III. Projets en cours et à venir
Question : Vous préparez trois ouvrages pour 2025, entre autre ; l’histoire de l’Assemblée provinciale du Kongo Central peut on en savoir plus ?
Reponse: Cet ouvrage est un hommage à l’ambassadeur Kimasi Matuiku Basaula , une figure emblématique du Kongo Central. Il retrace l’évolution de l’Assemblée provinciale, ses défis, ses succès et son rôle dans le développement régional. C’est un travail de mémoire pour les générations futures.
Question : Vous écrivez aussi un essai sur Madame Judith Suminwa Tuluka Qu’est-ce qui vous a inspiré à aborder ce sujet.
Réponse : Son parcours est une source d’inspiration. En devenant la première femme Premier ministre en RDC, elle a brisé un plafond de verre symbolique. J’analyse son ascension politique, mais aussi ce que cela représente pour l’évolution de la démocratie congolaise. C’est un rendez-vous du Congo avec son avenir, d’où le titre : Rendez-vous du Congo avec K
Question : Votre livre Frontières partagées, destin liés aborde la coopération transfrontalière. Pourquoi ce thème ?
Reponse : La frontière entre le Kongo Central et l’Angola est un espace d’interactions riches, mais aussi de tensions. Ce livre explore comment les députés provinciaux peuvent jouer un rôle clé dans la coopération transfrontalière, au-delà des enjeux purement diplomatiques.
IV. La vision d’un écrivain engagé
Question : Vous finalisez également un roman prospectif intitulé .« L’an 200 de la Renaissance Kongo» Quelle est la vision derrière ce livre ?
Réponse: C’est une projection dans l’avenir du Kongo. J’imagine un monde où les peuples Kongo, dispersés par l’histoire, se réapproprient leur identité et construisent une société fondée sur des valeurs de solidarité et de progrès. C’est une utopie critique, mais enracinée dans des réflexions historiques réelles.
Question : Votre essai « La thérapie de la guerre en RDC» adopte une perspective psychanalytique et théologique. Quelle est votre approche ?
Reponse : La guerre laisse des cicatrices profondes, pas seulement sur les corps, mais aussi dans les esprits. J’explore comment la psychanalyse peut aider à comprendre les traumatismes collectifs, et comment la théologie peut offrir des pistes de réconciliation et de guérison. Il s’agit d’un dialogue entre la science et la spiritualité pour penser la paix de manière holistique.
V. L’édition en Afrique et en RDC
Question : Vous évoquez souvent les difficultés d’édition en Afrique. Quels sont les principaux défis pour les auteurs congolais ?
Reponse : Le manque d’infrastructures éditoriales, les coûts élevés de production, et la faible accessibilité des ouvrages sont des défis majeurs. Il y a aussi un problème de distribution et de valorisation des œuvres locales. Pourtant, le talent ne manque pas en RDC. Il faut des politiques publiques pour soutenir l’industrie du livre.
Question : Quels conseils donneriez-vous aux jeunes écrivains congolais ?
Reponse : D’abord, croire en leur voix. Écrire, c’est un acte de résistance face à l’oubli. Ensuite, persévérer malgré les obstacles. La publication n’est pas une fin en soi ; c’est le message et l’impact des idées qui comptent. Enfin, il est essentiel de lire beaucoup, car la lecture nourrit l’écriture.
Question : Un dernier mot pour nos lecteurs ?
Reponse : La littérature est un miroir de la société, mais aussi un phare pour l’avenir. Continuons à écrire, à lire et à débattre, car c’est ainsi que nous construirons un Congo meilleur.
Pour tout contact écrivez moi à l’adresse e-mail
nzuzijeanclaude@gmail.com
Merci beaucoup, Me. Nzuzi Mbonga, pour cet échange enrichissant.
Fin.
